Huiles d'olive AOP : pourquoi chacune a son propre goût ?

Les huiles d'olive françaises ont des goûts différents grâce à trois facteurs : la variété d'olivier (une centaine cultivée en France), le terroir (climat, sol, maturité des olives) et le savoir-faire du moulinier (récolte, assemblage, trituration).

Les 9 huiles d'olive AOP de France formalisent ce lien unique entre une variété, un territoire et un savoir-faire dans un cahier des charges contrôlé par l'INAO.

L'huile d'olive n'a pas un goût mais des goûts.

Biodiversité, terroirs variés, savoir-faire spécifiques… les huiles d'olive de France sont aussi diverses qu'uniques. C'est pourquoi on ne parle pas d'huile d'olive au singulier, mais au pluriel et c'est précisément cette diversité que les Appellations d'Origine Protégée (AOP) ont pour mission de protéger et de révéler.

La France compte aujourd'hui 9 huiles d'olive en AOP — Nyons, Provence, Vallée des Baux-de-Provence, Aix-en-Provence, Haute-Provence, Nice, Nîmes, Corse et Languedoc — auxquelles s'ajoutent des AOP d'olives de table et de pâte d'olive. Chacune est la traduction gustative d'un terroir et de variétés qui y sont enracinées depuis des siècles.

Les huiles d'olive de France présentent une palette de goûts extrêmement variée, du fait :

  • de l'existence de nombreuses variétés : plus de 1 000 dans le monde et plus d'une centaine en France, endémiques de régions plus ou moins étendues ;
  • de terroirs variés qui présentent des conditions climatiques comme géologiques particulières ;
  • de savoir-faire spécifiques.
Le profil aromatique d'une huile d'olive dépend : de la ou des variétés d'olives, du terroir et des savoir-faire.
© France Olive

Les variétés d'oliviers : l'ADN aromatique des 9 AOP

La première variable dans la palette aromatique des huiles d'olive est le choix des variétés. La France compte une centaine de variétés d'oliviers, chacune attachée à une zone de culture particulière.

C'est ce qui explique, en grande partie, la carte des appellations : chaque AOP repose sur les variétés historiquement implantées sur son territoire, inscrites dans son cahier des charges. L'AOP limite ainsi l'appellation à des variétés reconnues comme enracinées depuis très longtemps sur le territoire défini, c'est ce qui permet notamment la préservation du patrimoine variétal oléicole français.

Variété Aglandau
Crédit photo : © A. Paris pour France Olive
Variété Bouteillan
Crédit photo : © A. Paris pour France Olive
Variété Tanche
Crédit photo : © E. Lacroix pour France Olive
Variété Lucques
Crédit photo : © A. Paris pour France Olive
Variété Picholine
Crédit photo : © A. Paris pour France Olive
Variété Aglandau
Variété Bouteillan
Variété Tanche
Variété Lucques
Variété Picholine

Voici les variétés emblématiques des 9 AOP d'huile d'olive de France :

Variété

Bassin

AOP de référence

Profil aromatique type

Aglandau

(appelé Béruguette dans les Alpilles)

Alpes-de-Haute-Provence, Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Gard

Haute-Provence (variété principale > 80%), Aix-en-Provence, Vallée-des-Baux-de-Provence

Arômes dominants d’artichaut, d’amande et parfois de poire, à l’amertume et à l’ardence plus ou moins intenses.

Bouteillan

Var, Bouches-du-Rhône, Alpes-de-Haute-Provence, Gard, Hérault, Aude

Provence

Végétale, aux arômes herbacés intenses (herbe, feuilles), avec des notes d’artichaut cru, d’amande, de banane verte, de foin frais allant vers la poire mûre selon le degré de maturité.

Cailletier

Alpes-Maritimes

Nice (≥ 95 %)

Douce, aux arômes dominants d’amande, de fleur jaune et de noisette.

Cayanne

Bouches-du-Rhône

Aix-en-Provence

Douce, fine et équilibrée, aux arômes dominants de coings cuits.

Cayon

Var (en principal), Drôme, Hérault, Aude

Provence

Belle complexité aromatique avec des notes fraîches d’herbe coupée, de feuilles d’artichaut et de tomate verte et une légère pointe d’amande et de poivre en fin de bouche.

Grossane

Bouches-du-Rhône, Var, Gard.

Vallée des Baux-de-Provence

Notes de pamplemousse et de tomate, sans ardence ni amertume

Lucques

Aude, Hérault

Languedoc

Douce, avec des notes délicates de tomate, d’amande, de foin frais, de pomme et d’amande fraîche.

Négrette

Gard

Nîmes (variété secondaire)

Fine, douce, déclinant des notes délicates d’amande ou de noisette agrémentées parfois d’une tonalité poivrée.

Olivière

Aude, Hérault, Pyrénées-Orientales

Languedoc

Végétale et douce, aux arômes dominants de tomate accompagnés de notes d’amande, d’herbe, de feuille, de foin frais et d’artichaut cru.

Salonenque

Bouches-du-Rhône, Var

Vallée des Baux-de-Provence

Notes d’artichaut, de noisette et de pomme, aux notes végétales très marquées.

Picholine

Gard, Hérault, Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Var

Nîmes (variété principale)

Végétale, avec une amertume marquée et une ardence moyenne, arômes dominants de prune et d’amande accompagnés de notes d’herbe, de feuille, de foin frais et de pomme.

Sabine

Corse (Haute-Corse principalement)

Corse – Oliu di Corsica

Douce aux notes de fruits secs (amande, noisette), parfois florale (maquis).

Tanche

Drôme (Sud) et Nord du Vaucluse

Nyons

Douce, aux arômes dominants de noix, de noisette avec des notes beurrées en fin de bouche.

Ghjermana

Corse (Corse du Sud principalement)

Corse - Oliu di Corsica

Légère, florale, aux notes d’artichaut.

Verdale des Bouches-du-Rhône

Bouches-du-Rhône

Vallée des Baux-de-Provence

Très douce, légère, aux arômes de verdure et de pâtisserie peu marqués.

Zinzala

Corse

Corse - Oliu di Corsica

Fruitée, aux notes de tomates séchées et d’herbe aromatique.

… et de nombreuses autres variétés locales, qui trouvent chacune leur place dans les assemblages ou les monovariétales des appellations.

Comme pour tous les fruits, chaque variété d'olive présente des spécificités organoleptiques particulières qui donnent son goût à l'huile d'olive, pur jus de fruit. Et c'est bien la preuve que l'AOP n'est pas une contrainte, mais une signature : en choisissant une huile de Nyons, de Nice ou de Corse, vous savez à quelle famille aromatique vous pouvez vous attendre.

Le terroir : quand l'AOP trace la carte des goûts

Le terroir joue un rôle décisif dans le goût des huiles d'olive, au point que l'aire géographique d'une AOP est délimitée précisément en fonction de lui. Une AOP garantit que les olives sont récoltées, triturées et que l'huile est élaborée dans une aire géographique déterminée : aucun autre système d'étiquetage ne garantit un lien aussi étroit entre l'origine et le produit.

Champs d'olives - Les Baux-de-Provence
© A. Paris pour France Olive

Qu’est-ce qui définit le terroir ?

Le terroir, ce n’est pas seulement une aire géographique, c’est un ensemble d’éléments et notamment :

Les conditions climatiques

Sur la durée, le climat d'un bassin de production façonne l'expression de chaque variété. L'olivier a besoin d'environ 300 heures de froid hivernal pour une bonne floraison au printemps, et l'ensoleillement des mois qui précèdent la récolte favorise l'accumulation d'arômes dans le fruit. La sécheresse estivale, le vent dominant (mistral, tramontane), l'écart jour/nuit (amplitude thermique) dessinent ainsi des profils différents : une Aglandau cultivée dans les côteaux du Ventoux n'exprimera pas exactement les mêmes arômes que dans les Alpes de Haute-Provence. Le climat, c'est aussi ce qui a dicté les aires géographiques des AOP : chaque appellation épouse une zone au climat cohérent. 

La météo

Bien distinct du climat, la météo de l'année joue elle sur le millésime : pluies de printemps, canicule d'été ou gel tardif modifient le rendement et le profil de la récolte. Comme pour le vin, l'huile conserve sa charpente générale, mais chaque année a ses caractéristiques.

La géologie des sols 

Les sols sur lesquels l'olivier puise son eau et ses minéraux influencent directement la composition de l'huile et ses arômes. L'olivier n'aime pas les pieds dans l'eau : les sols bien drainés, caillouteux, calcaires, sableux ou schisteux, l'obligent à enfoncer ses racines et concentrent les saveurs du fruit. Chaque AOP possède ainsi sa signature géologique. Ces sols, façonnés depuis des siècles par les oléiculteurs, font partie intégrante du lien au terroir que les cahiers des charges des AOP documentent et protègent.

La maturité des olives 

Elle joue notamment sur l'amertume et le piquant (l'« ardence») de l'huile. Les cahiers des charges des AOP encadrent les dates ou stades de récolte, qui sont fixées chaque année en fonction de la maturité des olives (maturité organoleptique mais aussi maturité « physique » c’est -à-dire rendement en huile). Ça, c’est aussi le savoir-faire de l’oléiculteur !

Les savoir-faire liés au terroir 

Selon les variétés implantées sur le territoire et les habitudes de production locales, on récoltera plus ou moins tôt, on assemblera ou non des variétés, on laissera plus ou moins maturer les olives. 

Les savoir-faire : le moulinier, artisan du goût au cœur des cahiers des charges

Les conditions d'extraction jouent également un rôle capital dans la qualité comme dans le goût de l'huile. C'est un autre apport essentiel de l'AOP : son cahier des charges impose des exigences de trituration et de contrôle qui sécurisent le travail du moulinier et garantissent l'absence de défauts au consommateur.

Dans la qualité de l'huile 

L'olive est un produit fragile qui doit être stockée puis triturée dans de bonnes conditions pour ne pas développer de défauts dans le produit final. La nature des outils, le système traditionnel avec les meules en granit et la presse hydraulique, ou le système continu avec la centrifugeuse, n'a pas d'importance. En revanche, le travail du moulinier, et notamment son sérieux dans le nettoyage des différents outils comme dans le processus de réception, de lavage, de trituration des olives et du stockage de l’huile d’olive, est capital.

Dans le goût de l'huile d'olive 

C'est le moulinier qui choisit ou non de laisser maturer ses olives, c'est également lui, le plus souvent, qui réalise des mélanges entre différentes variétés, et en définit les proportions (même si l'oliveron peut également le faire ou travailler main dans la main avec le moulinier sur ces éléments là). Il donne ainsi un goût particulier à chacune de ses huiles tout en respectant les règles d'assemblage de son appellation.

L'AOP, la garantie d'une huile de goût et de traçabilité

L'Appellation d'Origine Protégée est un label européen qui garantit qu'une huile d'olive est produite, transformée et élaborée dans une aire géographique délimitée, selon un cahier des charges rigoureux, contrôlé par un organisme indépendant sous l'autorité de l'INAO. Depuis 2012, seule la mention AOP figure sur les produits (hors vins), l'AOC en étant l'étape intermédiaire française.

En choisissant une huile d'olive AOP, vous avez la certitude :

  • de l'origine exacte , précise des olives et de l'huile, un gage de traçabilité qu'aucune mention générique ne peut offrir ;
  • des variétés traditionnelles qui font la spécificité du territoire ;
  • d'un savoir-faire contrôlé, du verger au moulin.

Si l'on prend les différentes variables, variétés, terroirs, savoir-faire, et qu'on les combine au gré des bassins de production, on comprend aisément que l'on puisse trouver une infinité de combinaisons gustatives dans les huiles d'olive de France.

L'huile d'olive n'a pas un goût, mais des goûts et les 9 AOP françaises en sont les preuves les plus sûres.

Main tenant une bouteille d'huile d'olive
© Les Pieds Nus pour France Olive