Les AOP huiles d'olive et olives en Espagne

33 DOP, 73 000 tonnes, 289 millions d'euros : voici comment l'Espagne fait de son huile d'olive AOP un poids lourd discret mais redoutable.

Huile d'olive AOP en Espagne : le géant qui ne dit pas son nom

Quand on pense huile d'olive de prestige, on a souvent le réflexe de regarder vers l'Italie. Erreur stratégique. L'Espagne, premier producteur mondial d'huile d'olive tout court, a aussi bâti tranquillement l'un des secteurs AOP (DOP, en version locale) les plus solides d'Europe.

Oliviers dans les ruines de San Antonio Teruel Aragon Espagne
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Un secteur qui pèse (vraiment) lourd — mais reste petit face au marché espagnol

En 2024, l'Espagne compte 33 appellations d'origine protégée pour l'huile d'olive vierge. Ensemble, elles représentent 73 102 tonnes d'huile, pour une valeur commerciale de 289,52 millions d'euros. De quoi faire de ce secteur l'un des plus structurés et valorisés parmi tous les produits agricoles espagnols sous signe de qualité.

Mais remettons les choses en perspective : l'Espagne produit en moyenne 1,3 million de tonnes d'huile d'olive par an (avec de fortes variations ces dernières années à cause de la sécheresse). Les 73 102 tonnes labellisées AOP ne représentent donc qu'environ 5 à 6 % du volume national total. Autrement dit, l'immense majorité de l'huile d'olive espagnole - celle qu'on retrouve en grande distribution sous des marques génériques - n'est pas certifiée. L’AOP reste une niche, mais une niche qui a su se faire une place solide : elle capte une valeur commerciale disproportionnée par rapport à son poids en volume, preuve que le consommateur est prêt à payer davantage pour un produit d'origine garantie.

Trois DOP qui font tout le boulot

Sur les 33 appellations en lice, trois raflent plus de la moitié de la mise :

  • DOP Baena (Andalousie) : 33,54 % de la valeur totale du secteur (à elle seule, quasiment un tiers du gâteau)
  • DOP Siurana (Catalogne) : 11,21 %
  • DOP Priego de Córdoba (Andalousie) : 9,79 %

À trois, elles totalisent 129,56 millions d'euros, soit 54,54 % du secteur. Autrement dit : sur 33 appellations, il en suffit de trois pour tenir la boutique. Les 30 autres se partagent le reste, chacune avec sa propre histoire de terroir, mais sans (encore) le même poids commercial.

L'Espagne boit son huile toute seule (ou presque)

Contrairement à ce qu'on pourrait croire pour un pays qui exporte massivement son huile d'olive standard, l'AOP espagnole reste d'abord... une affaire d'Espagnols. 85,08 % de la valeur générée par ces huiles reste sur le marché intérieur. Les exportations, elles, se répartissent entre 8,12 % vers le reste de l'Union européenne et 6,80 % vers des pays tiers.

La tendance est tout de même à l'ouverture : depuis 2020, la valeur des exportations a progressé de 3,6 millions d'euros, même si les deux dernières années ont marqué un léger tassement. Rien de dramatique, plutôt le genre de trajectoire en dents de scie que connaît bien tout produit dépendant des récoltes et de la météo.

Olives de table AOP en Espagne : un club très fermé

Si l'huile d'olive espagnole sous AOP fait figure de poids lourd avec ses 33 appellations, les olives de table jouent, elles, dans une tout autre catégorie. Littéralement.

Quatre, pas une de plus

L'Espagne compte 4 AOP d'olives de table :

  • Aceituna Aloreña de Málaga
  • Aceituna de Mallorca / Mallorquina
  • Aceituna Manzanilla de Sevilla
  • Aceituna Gordal de Sevilla

Un club restreint, presque confidentiel, comparé aux 33 dénominations d'huile d'olive du pays. La production totale de ces quatre appellations plafonne à 130 tonnes, pour une valeur commerciale de 0,55 million d'euros — soit à peine 0,2 % de la valeur générée par les AOP d'huile d'olive sur une même année.

On remarque au passage la signature andalouse forte du secteur : trois des quatre appellations viennent du sud de l'Espagne (Málaga et Séville), la Méditerranée insulaire complétant le tableau avec Majorque.

Espagne Cazorla
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Une affaire strictement espagnole

Pas besoin de passeport pour ces olives : 98,27 % de leur valeur reste consommée sur le marché intérieur. Les exportations sont quasi anecdotiques — 1,55 % vers le reste de l'Union européenne, et 0,18 % seulement vers des pays tiers. Autrement dit, si vous voulez goûter une véritable Aceituna Aloreña de Málaga AOP, le plus simple reste encore d'aller la chercher... en Espagne.

Petit mais pas anodin

Ce format restreint n'est pas un signe de faiblesse : c'est plutôt la preuve que l'AOP, sur ces deux terroirs précis, protège un produit de niche, bien identifié, sans chercher à conquérir les linéaires du monde entier.

Pour un producteur d'olives de table, décrocher l'une de ces appellations reste un levier clair de valorisation, moins pour l'ampleur du marché visé que pour la reconnaissance qualitative qu'elle confère, et la fidélité d'une clientèle locale bien identifiée.

Pourquoi ça compte ?

Au-delà des chiffres, ce secteur fait vivre des territoires ruraux entiers (moulins, producteurs, emplois locaux) dans des régions où l'olivier structure le paysage depuis des siècles.

Pour un producteur, viser une AOP, c'est l'assurance d'intégrer un marché déjà structuré et reconnu.

AOP Espagne
© France Olive
    • 32 huiles d'olive dont Baena, Siurana, Les Garrigues, Aceite Campo de Calatrava, Aceite Campo de Montiel, Aceite de la Alcarria, Aceite de la Comunitat Valenciana, Aceite de la Rioja, Aceite de Lucena, Aceite de Navarra, Oli Mallorquí, Oli de Terra Alta, Oli del Baix Ebre-Montsià, Aceite del Bajo Aragón, Aceite Monterrubio, Aceite Sierra del Moncayo, Antequera, Estepa, Gata-Hurdes, Montes de Granada, Montes de Toledo, Montoro-Adamuz, Aceite de l'Empordà, Poniente de Granada, Priego de Córdoba, Sierra de Cádiz, Sierra de Cazorla, Sierra de Segura, Sierra Mágina, Aceite de Madrid, Aceite del Somontano, Aceite Villuercas Ibores Jara

    • 4 olives : Aceituna Aloreña de Málaga, Aceituna de Mallorca / Mallorquina, Aceituna Manzanilla de Sevilla, Aceituna Gordal de Sevilla